Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /Août /2008 23:54

« Souvent, j'essaie de créer une « torpeur », j'essaie de créer quelque chose qui est questionnable, difficile, sinon impossible à mettre en mots ». Peter Doig donne ici la meilleure description de son œuvre. L'ambiance dans ses tableaux est indéfinissable. L'artiste y invente un monde parallèle, à la frontière du rêve et du cauchemar.

 

L'exposition présentée au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris donne à voir les vingt dernières années du travail de l'artiste. Né en Ecosse, puis élevé au Canada, Peter Doig a étudié en Angleterre. Il peint ses premières toiles à Londres, avant d'accéder à la renommée internationale lors de son exposition de 1991, à la Whitechapel Art Gallery. Il vit à Trinidad depuis 2002. De ces multiples voyages, il a amassé des souvenirs, kyrielles d'images multicolores, qu'il projette sur ses toiles dans un style à mi-chemin entre la peinture, la photographie et le cinéma. Le tout au service d'une émotion de l'instant.

 

L'accrochage est chronologique, et l'on y trouve, pour l'essentiel, des paysages. Les œuvres des années 90 sont un hommage aux grands maîtres de la fin du XIXème et du XXème siècle. Peter Doig ne peint pas en pleine nature comme les impressionnistes, ses peintures sont infiniment plus figuratives que celles des expressionnistes réalistes, mais sa technique est à elle seule un immense clin d'œil à ces deux courants.

Ainsi, dans « Ski Jacket » (1994), peint dans un style qui fait explicitement référence à Monet et Pissarro, la partie gauche du tableau reflète et déforme la partie droite, recréant un équilibre qui n'existait pas dans cette partie.

De même, la superposition des couches de peinture (« A young bean farmer », 1991), certaines traces de peinture volontairement laissées apparentes (« 100 years ago », 2001, voir photo ci-contre), donnent à certains tableaux un aspect inachevé, permettant au spectateur de déceler les différentes étapes du travail de l'artiste.

 

Les œuvres de cette période ont également en commun de faire la part belle à la nature. L'homme n'est présent que de manière anecdotique, à l'image d'une figurine placée dans une maquette pour en donner l'échelle. Une nature merveilleuse souvent, monstrueuse parfois, quand l'exagération de certains détails fait basculer le rêve dans le cauchemar. Ainsi de « l'Auberge à Muldentalsperre » et de « Grand Riviere », peints au début des années 2000, et dont les ciels sombres piqués d'étoiles blanches rappellent les tableaux les plus tourmentés de Van Gogh. Dans « Grand Riviere », une végétation à la Douanier Rousseau vient se superposer à ce ciel, créant une féérie délicieusement macabre, à la lumière de la lune. Le canoë ou la barque, fantôme de présence humaine, fait référence au film d'horreur « vendredi 13 », qui a inspiré à l'artiste une série de toiles et de dessins.

 

A l'image des impressionnistes, Peter Doig ne cherche pas à représenter les paysages de façon réaliste. Il s'attache plutôt à peindre l'émotion qu'il éprouve face à ces espaces. L'objet de la toile n'est jamais le paysage lui-même, mais la façon dont il est vu par l'œil de l'artiste. Ainsi, dans « Reflection (what does your soul look like) » (1996), les pieds du personnage occupent à peine un cinquième de la toile : l'essentiel est dans son reflet, infiniment plus riche, puisqu'issu de l'imagination du peintre.

 

A partir du milieu des années 2000, les couleurs et les ambiances changent. Peter Doig, qui vit désormais à Trinidad, semble à la recherche d'un plus grand réalisme, d'une plus grande authenticité. La palette bascule vers les couleurs chaudes. Les rues écrasées de soleil se substituent aux paysages nocturnes. La nature féérique fait place à la réalité urbaine, crûment éclairée par la lumière du jour.

Ces peintures ont moins de force que les précédentes, comme si l'artiste était à la recherche d'un nouveau style et ne parvenait pas encore à trouver ses repères dans cette recherche. Sa faiblesse technique sur l'anatomie humaine, notamment sur les visages et sur les mains, crée une barrière supplémentaire à l'émotion. Gageons néanmoins qu'un tel talent ne mettra pas longtemps avant de reprendre pied.

 

Exposition Peter Doig, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

30 mai - 7 septembre 2008

11, avenue du Président-Wilson (16e)
Tél. 01 53 67 40 00

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 22h

Par Mathilde
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