Partager l'article ! 22 août-10 – Willy Ronis, photographe du hasard // expo Willy Ronis à la Monnaie de Paris: Les photographies de Willy Ronis ne sont jamais ...
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Les photographies de Willy Ronis ne sont jamais posées ni composées. Elles sont le fruit d’une chasse perpétuelle, entre spontanéité, humour et
poésie. Quel que soit le cadre choisi – Paris, Londres, Prague, ou New York –, le photographe saisit des scènes de vie, ce que les peintres du XVIIè siècle au
raient appelé des « scènes de genre ». Ses personnages sont bien réels, ancrés dans la vie, avec ses
b ons et ses
mauvais côtés : sur les colonnes de la première salle voisinent ainsi la très poétique « Péniche aux enfants » (1959, voir photo ci-contre © ministère de la Culture et de la Communication),
et les photographies prises en 1938 et 1950 lors des conflits sociaux chez Citroën et Renault.
Willy Ronis a réalisé de nombreux reportages, notamment pour Vogue, Regards, et pour Life, mais ses clichés les plus réussis sont ceux qui saisissent les personnes dans leur intimité, sans masque social. Cela explique sans doute sa prédilection marquée pour les photos d’enfants. Parfois photographiés à leur insu (« Gosses de Belleville », 1959), parfois posant délibérément devant l’objectif comme ce petit garçon du quartier de Ghetto Nuovo à Venise, les enfants incarnent, aux yeux de l‘artiste, la pureté et la spontanéité qui sont les clés de sa démarche. Ses notes sur différents clichés de l‘exposition montrent qu’il procède à peu près toujours de la même façon : au hasard de ses pérégrinations, il trouve un cadre, une lumière, une composition de paysage qui lui plaît. Il s’installe alors avec son appareil photo, et attend simplement que les passants soient disposés dans le cadre de façon équilibrée. Cet équilibre atteint – au hasard du passage des gens –, il prend plusieurs clichés, puis s’en va rapidement, soucieux de ne pas passer pour un voyeur. Vient ensuite le développement, auquel l’artiste attache une importance égale à celle de la prise de vue : la plupart des cartels donnent des indications très précises sur la technique de développement des photos.
Interrogé sur son processus créatif, Willy Ronis parle de son « aptitude à réagir sur-le-champ à tout ce qui entre en résonance avec [sa]
nature profonde ». Ainsi chaque image est-elle le fruit d’un coup de cœur de l’artiste, liant i
ntimement son expérience personnelle à son œuvre. C’est ce qui le conduit souvent à préférer le détail à la grande fresque, la
petite histoire à la grande histoire. Des manifestations de 1936, il conserve par exemple l’image d’une petite fille, juchée sur les
épaules de son père, coiffée d’un ridicule bonnet phrygien, et levant le poing sans trop savoir pourquoi. Pour autant, il ne faut pas
négliger l’engagement politique de Willy Ronis, ni ses conséquences sur son art. Militant communiste dès les années 30, sensible aux difficultés du monde ouvrier, il couvre avec une empathie
sincère les conflits sociaux qui jalonnent cette période. Ses photographies de l’architecture industrielle, toutes en lignes et en contrastes, présentées dans la seconde salle, font
apparaître les ouvriers comme des anonymes dont la mécanisation a dépersonnalisé la tâche (« Centrale sidérurgique de Richemont (Moselle) », 1949, voir photo ci-contre ©
ministère de la Culture et de la Communication ). Cette même sensibilité le conduira, en pleine Guerre Froide, à réaliser des reportages en
Allemagne de l’Est (ex-RDA), à Moscou et à Prague. Ces reportages mêlent les clichés obligés du touriste (Pont Charles et Vieux cimetière juif à Prague, …) à des images de vie quotidienne
(« Leipzig, quartier de l’Hôtel de Ville », 1967).
Les salles suivantes font découvrir d’autres voyages moins connus de l’artiste : jeux d’ombre et de lumière en Hollande (1954) et à Londres (1955), lumière crue du Nord en Belgique (« Le
béguinage à Bruges », 1968, voir photo ci-contre © ministère de la
Culture et de la Communication), charmes croisés de l’Italie et de New York au début des années 80. On est frappés,
à la vue de tous ces clichés, par le regard
bienveillant que le photographe porte sur ses contemporains. Un regard parfois teinté d’humour ou d’ironie (« Marché aux
puces », 1948), mais qui cherche toujours à mettre en avant la meilleure part de l’être humain. La dernière salle, qui
dévoile l’intimité de l’artiste à travers des portraits de ses proches, ne fait pas exception. Les photographies
sont naturelles, sans pose véritablement établie. La seule différence avec les portraits d’anonymes vient de ce que l’on sent ici une vraie complicité entre le photographe
et son modèle : regards espiègles de Robert Capa et de Pablo Picasso, demi-sourire de Martine Franck. Les portraits de sa
femme Marie-Anne (« Marie-Anne », 1962) et de son fils Vincent (« Vincent endormi », 1946) sont empreints d’une grande tendresse. L’exposition s’achève par une série
de nus anonymes, presque sans visage (détourné ou hors du cadre), qui montrent des corps aux formes pures, sculptées
par la lumière latérale.
Willy Ronis – une poétique de l’engagement, à la Monnaie de Paris
16 avril – 22 août 2010
11 quai de Conti / 75006 Paris (Métro Pont Neuf)
Tél. 01 40 46 56 66
Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h30
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