Vendredi 30 janvier 2009
Aux quatre coins de la première salle, quatre hommes en mouvement : deux athlètes des Jeux Olympiques d’Atlanta, et deux danseurs (Bill T. Jones et Mikhail Baryshnikov), saisis en plein vol comme des oiseaux de mythologie. Le geste est parfait, les membres tendus, en une précision quasi-académique. Entre ces quatre portraits, sur des petits formats, des photos de famille. Il y en aura tout au long de l’exposition, comme pour mieux afficher le refus – évident chez Annie Leibovitz – de dissocier sa vie privée de sa vie professionnelle. « Je n’ai pas deux vies distinctes », dit-elle. « J’ai une vie, et les photos personnelles en font partie au même titre que les œuvres de commande ». On pourrait craindre le voyeurisme, c’est tout le contraire. Le regard d’Annie Leibovitz n’est pas neutre, mais il se pose toujours avec bienveillance sur ses sujets, si divers – et si intimes parfois – soient-ils.

Annie Leibovitz est née en 1949 dans le Connecticut. Photographe officielle de Rolling Stone de 1970 à 1983, elle travaille ensuite pour Vanity Fair et Vogue, réalisant en tout plus de 200 couvertures de magazines. L’exposition que lui consacre actuellement la Maison Européenne de la Photographie ne retrace que les quinze dernières années de son travail, mais on est surpris par la profusion autant que par la diversité des œuvres produites sur une si courte période. Ainsi trouvera-t-on, voisinant sur les mêmes cimaises, et sans aucun souci chronologique, des photos de famille, des portraits d’artistes, des couvertures de magazines, des reportages…

Dès le début de sa carrière, Annie Leibovitz s’est définie comme « portraitiste ». L’exposition de la Maison Européenne de la Photographie est un peu le portrait de cette portraitiste, une occasion de saisir tous les aspects de sa vie, professionnelle comme personnelle. Quinze années de la vie d’une femme.

Annie Leibovitz – A photographer’s life 1990-2005, Maison Européenne de la Photographie
18 juin - 14 septembre 2008
5/7 rue de Fourcy / 75004 Paris (Métro Saint-Paul)
Tél. 01 44 78 75 00 Ouvert tous les jours sauf le lundi, le mardi et les jours fériés, de 11h à 20h
Par Ysée de Paris
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Mercredi 27 août 2008

L’anthologie de l’œuvre de César, orchestrée par Jean Nouvel à la Fondation Cartier pour le dixième anniversaire de la mort du sculpteur, est un magnifique hommage. Répartie sur quatre espaces, elle privilégie une approche thématique à une présentation chronologique, rendant compte, de manière volontairement non-exhaustive, des différentes étapes de son travail.

Difficile de décrire un cheminement précis dans cette exposition qui en réalité, peut être vue dans tous les sens. Difficile en effet d’introduire une chronologie dans une œuvre où l’artiste revient sans cesse sur ses différentes techniques, les enrichissant, les modelant chaque fois un peu plus pour mieux les plier à son désir, à son inépuisable imagination. Il suffit de le regarder, gambadant comme un enfant dans la grande décharge de Saint-Denis, s’émerveillant devant une tôle froissée ou devant le grand aimant, pour comprendre que l’œuvre de César n’a été qu’une quête perpétuelle, une recherche ininterrompue autour de la matière.

Comment, en effet, évoquer l’œuvre de César sans parler des matériaux. Chaque série d’œuvres découle d’une rencontre. Avec une matière nouvelle ou une technique industrielle, le plus souvent les deux à la fois. Puis les œuvres se développent, l’artiste prend possession de la technique, se l’approprie, pour mieux lui imprimer sa volonté. Il épuise peu à peu toutes les possibilités de la matière, dans une quête perpétuelle de l’expressivité.

Dans les années 50, il se laisse porter par le contact du fer, matière « belle en soi », pour créer un bestiaire imaginaire. C’est ainsi que naissent les Fers, insectes ou crustacés aux formes improbables, élaborés à la soudure à l’arc dans un atelier de Villetaneuse (voir ci-contre, La Sauterelle, © Clément Vogt).

Le choix du fer comme matériau de base, lié initialement à une simple contrainte financière, va se muer peu à peu en credo artistique. Au contraire de bien des artistes de son temps, César n’a jamais cherché à renier le XXème siècle industriel. Il a voulu au contraire y inscrire son œuvre, renouvelant, à bien des égards, la notion de beau dans l’art. C’est tout le sens de son adhésion, dès 1962, au mouvement des Nouveaux réalistes. Comme eux, César préfère aux matériaux nobles – bronze, marbre, pierre – les objets courants de la société de consommation, symboles de l’ère industrielle dans laquelle il vit.

Sa découverte, au début des années 60, de la presse hydraulique utilisée pour le compactage des voitures, marque un véritable tournant dans sa carrière. De cette rencontre avec la « Big Squeeze » vont naître les fameuses Compressions. Comme pour les Fers, les Compressions sont le fruit d’une interaction entre l’artiste et la technologie. Il va peu à peu chercher à infléchir le geste mécanique, à composer ses Compressions avec une précision accrue. Il conçoit cette démarche comme celle d’un sculpteur classique, qui agit sur le fond – choix de la matière – avant d’agir sur la forme. Ses Compressions n’ont évidemment pas vocation à représenter quoi que ce soit. Elles agissent davantage comme des symboles, sortes de totems des temps modernes. D’abord volontairement laissées brutes au cours des années 60, elles seront ensuite légèrement retravaillées au cours des années 80 (série des Championnes, 1985-1986, passées à l’équerre après compression), avant d’être entièrement repeintes d’une couleur uniforme dans les années 90 (Suite milanaise, 1998, voir photo ci-contre, © Clément Vogt).

En 1965, alors qu’il développe ses premières Compressions, César est invité à prendre part à une exposition sur le thème de la main, à la Galerie Claude Bernard à Paris. Il s’intéresse alors à la reproduction pantographique, technique inventée au XVIIème siècle pour copier les dessins, et qu’il applique à son propre pouce, en l’agrandissant. Le choix du pouce n’est pas totalement anodin. Il fait référence à un vieux souvenir d’école : le geste de l’empereur César levant ou abaissant le pouce pour décider du sort du gladiateur vaincu. Car il y a toujours dans le travail de César un brin d’espièglerie, la volonté facétieuse de jouer avec la matière, mais aussi avec l’œil du public… Les premiers résultats s’étant avérés concluants, César décline sa nouvelle technique sur toute sa main, utilisant de nouveaux matériaux, variant les tailles, jusqu’à créer un pouce de 2m50 de hauteur ! (voir photo ci-contre, © Clément Vogt).

Dernière série d’œuvres : les Expansions. Développées en même temps que les Empreintes humaines, elles en ont la même grâce sculpturale, le même aspect monolithique, à la fois immobile et en mouvement. En 1967, César, en quête de matériaux plus légers pour créer ses Empreintes humaines, découvre la mousse de polyuréthane. Fasciné par l’aspect de cette mousse, il s’aperçoit très vite qu’il peut en maîtriser la densité, le débit, la rigidité, et la coloration. Commence alors toute une série d’expériences, destinées à dompter cette matière nouvelle : la série des Expansions est née.

Jean Nouvel s’est merveilleusement approprié l’espace de la Fondation Cartier, exploitant tous les niveaux possibles pour mettre en scène les œuvres : Compressions au sous-sol, Fers, Expansions et Empreintes humaines au rez-de-chaussée et en mezzanine. Les Expansions et les Empreintes humaines trouvent aussi tout naturellement leur place dans le jardin. Ainsi de l’Expansion n°7 (1991), dont la fonte de fer s’écoule tranquillement sur l’herbe folle. Près d’une des vitres de la Fondation, un sein en fonte de fer semble émerger du sol, jumeau symétrique du sein de bronze exposé à l’intérieur.

Ultime trait de facétie, Un mois de lecture des Bâlois (1996), revisité en 2008 par Jean Nouvel (voir photo ci-contre, © Clément Vogt), trône au centre du théâtre de verdure aménagé à l’arrière de la Fondation. Les visiteurs déambulent autour de cette masse de papiers, si épaisse qu’elle assourdit les bruits du dehors lorsqu’on passe au travers, sans trop savoir à quoi s’en tenir : ultime avatar de la série des Compressions ou simple canular ? On ne le saura jamais. Mais cette œuvre, comme toutes les autres d’ailleurs, ne laisse pas indifférent. Il faut rendre à César…





César, Anthologie par Jean Nouvel., Fondation Cartier pour l’art contemporain

8 juillet - 26 octobre 2008

261, boulevard Raspail, 75014 Paris (Métro Raspail ou Denfert-Rochereau)

Tél. 01 42 18 56 52

Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 11h à 20h. Nocturne le mardi jusqu’à 22h

 

Par Mathilde
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Mardi 26 août 2008

« Souvent, j'essaie de créer une « torpeur », j'essaie de créer quelque chose qui est questionnable, difficile, sinon impossible à mettre en mots ». Peter Doig donne ici la meilleure description de son œuvre. L'ambiance dans ses tableaux est indéfinissable. L'artiste y invente un monde parallèle, à la frontière du rêve et du cauchemar.

 

L'exposition présentée au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris donne à voir les vingt dernières années du travail de l'artiste. Né en Ecosse, puis élevé au Canada, Peter Doig a étudié en Angleterre. Il peint ses premières toiles à Londres, avant d'accéder à la renommée internationale lors de son exposition de 1991, à la Whitechapel Art Gallery. Il vit à Trinidad depuis 2002. De ces multiples voyages, il a amassé des souvenirs, kyrielles d'images multicolores, qu'il projette sur ses toiles dans un style à mi-chemin entre la peinture, la photographie et le cinéma. Le tout au service d'une émotion de l'instant.

 

L'accrochage est chronologique, et l'on y trouve, pour l'essentiel, des paysages. Les œuvres des années 90 sont un hommage aux grands maîtres de la fin du XIXème et du XXème siècle. Peter Doig ne peint pas en pleine nature comme les impressionnistes, ses peintures sont infiniment plus figuratives que celles des expressionnistes réalistes, mais sa technique est à elle seule un immense clin d'œil à ces deux courants.

Ainsi, dans « Ski Jacket » (1994), peint dans un style qui fait explicitement référence à Monet et Pissarro, la partie gauche du tableau reflète et déforme la partie droite, recréant un équilibre qui n'existait pas dans cette partie.

De même, la superposition des couches de peinture (« A young bean farmer », 1991), certaines traces de peinture volontairement laissées apparentes (« 100 years ago », 2001, voir photo ci-contre), donnent à certains tableaux un aspect inachevé, permettant au spectateur de déceler les différentes étapes du travail de l'artiste.

 

Les œuvres de cette période ont également en commun de faire la part belle à la nature. L'homme n'est présent que de manière anecdotique, à l'image d'une figurine placée dans une maquette pour en donner l'échelle. Une nature merveilleuse souvent, monstrueuse parfois, quand l'exagération de certains détails fait basculer le rêve dans le cauchemar. Ainsi de « l'Auberge à Muldentalsperre » et de « Grand Riviere », peints au début des années 2000, et dont les ciels sombres piqués d'étoiles blanches rappellent les tableaux les plus tourmentés de Van Gogh. Dans « Grand Riviere », une végétation à la Douanier Rousseau vient se superposer à ce ciel, créant une féérie délicieusement macabre, à la lumière de la lune. Le canoë ou la barque, fantôme de présence humaine, fait référence au film d'horreur « vendredi 13 », qui a inspiré à l'artiste une série de toiles et de dessins.

 

A l'image des impressionnistes, Peter Doig ne cherche pas à représenter les paysages de façon réaliste. Il s'attache plutôt à peindre l'émotion qu'il éprouve face à ces espaces. L'objet de la toile n'est jamais le paysage lui-même, mais la façon dont il est vu par l'œil de l'artiste. Ainsi, dans « Reflection (what does your soul look like) » (1996), les pieds du personnage occupent à peine un cinquième de la toile : l'essentiel est dans son reflet, infiniment plus riche, puisqu'issu de l'imagination du peintre.

 

A partir du milieu des années 2000, les couleurs et les ambiances changent. Peter Doig, qui vit désormais à Trinidad, semble à la recherche d'un plus grand réalisme, d'une plus grande authenticité. La palette bascule vers les couleurs chaudes. Les rues écrasées de soleil se substituent aux paysages nocturnes. La nature féérique fait place à la réalité urbaine, crûment éclairée par la lumière du jour.

Ces peintures ont moins de force que les précédentes, comme si l'artiste était à la recherche d'un nouveau style et ne parvenait pas encore à trouver ses repères dans cette recherche. Sa faiblesse technique sur l'anatomie humaine, notamment sur les visages et sur les mains, crée une barrière supplémentaire à l'émotion. Gageons néanmoins qu'un tel talent ne mettra pas longtemps avant de reprendre pied.

 

Exposition Peter Doig, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

30 mai - 7 septembre 2008

11, avenue du Président-Wilson (16e)
Tél. 01 53 67 40 00

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 22h

Par Mathilde
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Mardi 26 août 2008

On entre dans l'exposition Louise Bourgeois comme dans un sanctuaire. Celui de sa maison natale (« Cell Choisy », 1990-1993), dont la maquette en marbre rose, entourée de grillage, est exposée dès la première salle. Celui d'une artiste qui a traversé le XXè siècle sans jamais s'enfermer dans aucun courant artistique.


Dès ses premières œuvres, réalisées aux Etats-Unis, où elle a suivi son mari l'historien d'art Robert Goldwater à la fin des années 30, Louise Bourgeois impose sa propre vision du monde. Une vision désabusée, géométrique, qui laisse peu de place au bonheur. La France lui manque. Pour tromper sa nostalgie, elle crée ses « personnages », longues statues en bois aux formes brancusiennes, dont elle s'entoure comme d'une nouvelle famille. Tantôt abstraites, tantôt figuratives, ces figures ont en commun de concilier l'expérience humaine, les souvenirs d'enfance de Louise Bourgeois, avec une quête d'absolu presque métaphysique.


Après un séjour en Italie, à la fin des années 50, l'artiste commence à explorer d'autres matériaux. Ce qui est troublant dans les œuvres de cette période, ce ne sont pas les formes représentées, mais les matières utilisées : sous les doigts de Louise Bourgeois, le latex et le marbre prennent un aspect infiniment organique. Ses sculptures s'arrondissent, prennent des formes courbes explicitement érotiques. Pas de provocation dans ces représentations, simplement une fascination pour ces formes animales, qui semblent avoir une vie propre. Ainsi Louise Bourgeois dit-elle d'une sculpture en marbre représentant un pénis au repos, « c'est un petit animal qui se repose en attendant le matin ». Les sculptures érotiques sont aussi une façon d'exorciser ses vieux démons, notamment le souvenir de son père, adultère sous son propre toit. La mort de son mari, en 1973, n'est pas non plus étrangère à cette démarche de liquidation des figures paternelles. « The destruction of the father » (1974) marque l'apothéose de cette période, réunissant mamelles et phallus dans une orgie macabre.


Chez Louise Bourgeois, le thème de la « maison-mère » ou de la « femme-maison » n'est jamais loin. Il réapparaît comme un leitmotiv, de plus en plus obsédant, au cours des années 1980 et 1990, avec des installations qui laissent entrevoir l'univers d'enfance de l'artiste. Dans l'encoignure de gigantesques portes, apparaissent successivement l'atelier familial de restauration de tapisseries, avec ses bobines rouges, la chambre à coucher… Tout est surdimensionné, comme à l'échelle d'un enfant. Dans un coin de la salle, apparaît, menaçante et protectrice à la fois, la figure maternelle, l'« araignée » (1997), sculpture monumentale dont les longues pattes métalliques constituent une paradoxale protection. Sa sœur jumelle est actuellement exposée dans les Tuileries (voir photo ci-contre). L'artiste l'a nommée… « Maman ».


La salle suivante confirme ce sentiment d'enfermement : dans un espace grillagé sont exposés, par petits compartiments exigus, des chaises et des sièges en tous genres. L'ensemble est délabré, poussiéreux, à l'abandon. Au milieu de l'installation, trône un grand fauteuil, qui pourrait passer pour une sobre cathèdre si ses accoudoirs n'étaient pas pourvus de bracelets rappelant ceux d'une chaise électrique : de l'enfermement domestique, personne ne sort indemne, pas même le patriarche (« Passage dangereux », 1997).


Les œuvres les plus récentes utilisent le tissus comme une métonymie du corps : exposition de vêtements de femme (« Sans titre », 1996), têtes en tissus, laissant voir par le trou béant de la bouche la fragilité humaine, à l'image des portraits de Giacometti, qui fouillent jusqu'au tréfonds du regard du modèle, pour mieux saisir son âme. Avec ses poupées, elle crée de petites saynètes, issues de ses réflexions de mère, ou de ses souvenirs d'enfance. On sent chez elle le besoin d'être en relation avec d'autres êtres humains, d'appartenir à une communauté, à une famille. Ainsi dans « Seven in a bed » (2001), où Louise Bourgeois raconte les dimanche matins de son enfance, blottie avec ses frères et sœurs dans le lit de ses parents, les poupées roses font oublier le caractère potentiellement incestueux de la scène représentée.


Exposition Louise Bourgeois, Centre Pompidou
5 mars - 2 juin 2008
Place Georges Pompidou (IVè)
Tél. 01 44 78 12 33
Ouvert du mercredi au lundi de 11h à 21h, nocturne le jeudi jusqu'à 23h

Par Mathilde
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Mardi 26 août 2008

L'univers d'Annette Messager a tout de celui de l'enfance. Même les sujets les plus graves prennent des couleurs insouciantes, parce qu'ils sont abordés sur un mode transgressif : Le Tapeur (2007), La Rumeur (2000-2004, qu'on voit ramper, avec des yeux et des oreilles, sur des corps anonymes). C'est peut-être ce qui fait la force de ces œuvres : l'homme n'y est jamais représenté de manière figurative. Il n'est évoqué que par petites touches, souvent monstrueuses, comme si on le regardait à la loupe. Il faut prendre du recul pour que ces représentations fassent sens (Gants-tête, 1999, en forme de tête de mort ; L'attaque des crayons de couleur, 1990, escadron de crayons de couleurs pointés vers le visiteur, d'autant plus intimidant que le passage est étroit).

Et puis il y a toujours ces éternels tissus qui pendent du ciel. Enveloppes des apparences trompeuses, témoins de l'intimité de l'homme, de ses faiblesses. Au fur et à mesure de l'exposition, ces témoins muets prennent vie, et portent sur l'homme un regard sans complaisance. Dans Dépendance – Indépendance (1995-1996), des boudins de tissus descendent du plafond, formant autant de maux qui sont les défauts de l'homme : Tentation, Mensonge, Orgueil, Jalousie, Oubli, Mépris, … Les sept pêchés capitaux ne sont pas loin, et pourtant, rien dans ces représentations ne ressemble à une leçon de morale. Il s'agirait plutôt de témoignages, comme si les témoins muets que sont les étoffes, les vêtements, se mettaient à parler. Le visiteur traverse l'exposition comme le jeune héros de L'enfant et les sortilèges, avec la certitude que chacun des objets peut prendre vie d'un moment à l'autre (Gonflés – Dégonflés, 2006 : coussins multiformes recouverts d'étoffes divers, et gonflés en alternance, pour donner l'impression d'une respiration). Comme dans L'enfant et les sortilèges, les objets prennent vie contre l'homme : ils le renvoient à lui-même comme des miroirs impitoyables, en soulignant ses faiblesses et ses doutes (En balance, 1998).

De simples enveloppes-objets, les tissus, enveloppes, fourrures ont pris forme humaine, comme dans les pires cauchemars de notre enfance. Ce sont des formes morbides, fascinantes et monstrueuses, qui se débattent plus qu'elles ne bougent, entravées qu'elles sont par leur infirmité (Articulés-désarticulés, 2001-02, voir photo ci-dessus). Si l'on est optimiste, on peut se dire que ces formes sont vouées à la mort, parce qu'elles ne sont pas complètement humaine. Si l'on est pessimiste, on peut se dire que c'est précisément leur aspect humain qui les voue à l'échec : ces pantins désarticulés ne seraient qu'une métaphore de l'existence humaine, vaine et inutile, inéluctablement vouée à la mort. Tous nos efforts pour échapper à ce destin tragique sont vains et ridicules, comme ceux d'un pantin désarticulé.

Exposition Annette Messager, Centre Pompidou
6 juin - 17 septembre 2007
Place Georges Pompidou (IVè)
Tél. 01 44 78 12 33
Ouvert du mercredi au lundi de 11h à 21h, nocturne le jeudi jusqu'à 23h

Par Mathilde
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