Etudiant à Paris au début des Trente Glorieuses, Arman a développé son langage artistique à l’ère de la production en série et de la pollution de l’environnement
par une quantité grandissante de déchets. L’artiste n’a pas cherché à occulter dans son œuvre les changements économiques et sociaux survenus au cours de cette période. L’objet
manufacturé, production de la société de consommation, occupe au
contraire d’emblée une place centrale dans son travail. La rencontre du jeune artiste, au cours des années 50, avec le Groupe de Recherche Musicale, est déterminante dans sa démarche. Dans le prolongement des « Allures d’objets en musique » créées par Pierre Schaeffer, Arman développe ses propres Allures
d’objets, sortes d’ombres portées des objets sur la toile. La technique, assez similaire à celle utilisée par Yves Klein avec les corps, consiste à enduire un objet de peinture et à le
déplacer sur la toile pour créer de nouvelles formes. Après quelques toiles purement abstraites, la présence de l’objet se fait plus sensible, plus explicite ; les formes se précisent,
devenant des Empreintes, jusqu’à ce que l’objet lui-même fasse son apparition (« L’adieu », voir photo ci-contre, © LMA SA, Marc Moreau).
Comme
beaucoup d’artistes de son temps, Arman n’est pas intéressé par l’objet en lui-même. Il cherche avant tout à le détourner de son utilité première, à lui donner une autre vie en dehors de cette
utilité. Cette vie, il la trouvera dans ses Accumulations, qui sont à la fois un manifeste contre la société de consommation et une ode à la beauté de l’objet fabriqué en série. Car ces
objets, d’apparence anodine, prennent sous l’effet du nombre et par la main d’Arman un aspect graphique tout à fait fascinant. L’artiste donne à ces collections d’objets de même nature des titres
décalés dont l’humour grinçant ne peut laisser le spectateur indifférent (« Janus », voir photo ci-contre, © ADAGP).
L’œuvre d’Arman ne se limite pas à son aspect iconoclaste, destructeur, ni m ême à sa révolte contre la société de consommation. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large qui vise la déconstruction de l’acte créatif, pour donner à voir toutes les phases de réalisation de l’œuvre. Il montre ainsi, non pas une œuvre finie, achevée, mais un mouvement, une démarche, un geste. C’est tout le sens des Coupes et des Colères, qui visent respectivement la déstructuration et la destruction de l’objet. L’aboutissement de cette démarche est atteint en 1975 à New York avec la performance « Conscious vandalism » : devant un public et une caméra, l’artiste saccage pièce par pièce une reconstitution d’appartement de la moyenne bourgeoisie. L’exposition du Centre Pompidou montre à la fois l’appartement saccagé, et un enregistrement vidéo de la performance. L’œuvre ne consiste ainsi pas tant dans son résultat final que dans la performance qui a permis d’aboutir à ce résultat.
Très vite néanmoins, l’artiste va devoir faire face au problème de la conservation de ces objets détruits. Comment conserver des débris ? Comment les déplacer pour qu’ils soient exposables ? Ce problème se posera notamment pour sa série des Combustions. Arman tentera plusieurs solutions : il coulera certaines sculptures dans le béton, d’autres dans la résine, avant de trouver dans le bronze son procédé de conservation le plus abouti (« The day after », voir photo ci-contre, © Didier Plowy / Ministère de la Culture et de la Communication).
L’exposition s’achève sur un hommage aux peintures d’Arman. Moins célèbres que ses Accumulations ou que ses Combustions, elles constituent néanmoins un apport non
négligeable à l’art du XXè siècle. D’abord influencé par l’expressionnisme abstrait américain (Pollock, De Kooning), Arman s’en affranchit peu à peu pour créer son propre langage, qui met
davantage en avant le volume et les formes. Il aboutit ainsi à des œuvres où la couleur n’est plus étalée, mais utilisée comme un matériau brut. Les formes sont constituées à partir de giclées de
peintures directement sorties du tube : « La grande nuit », hommage à la « Nuit étoilée » de Vincent Van Gogh (voir photo ci-contre, © François Fernandez).
Exposition Arman, au Centre Pompidou
22 septembre 2010 – 10 janvier 2011
Place Georges Pompidou (IVè)
Tél. 01 44 78 12 33
Ouvert du mercredi au lundi de 11h à 21h, nocturne le jeudi jusqu'à 23h

En 1965,
alors qu’il développe ses premières Compressions, César est invité à prendre part à une exposition sur le thème de la main, à la Galerie Claude
Bernard à Paris. Il s’intéresse alors à la reproduction pantographique, technique inventée au XVIIème siècle pour copier les dessins, et qu’il applique à son propre pouce, en l’agrandissant. Le
choix du pouce n’est pas totalement anodin. Il fait référence à un vieux souvenir d’école : le geste de l’empereur César levant ou abaissant le pouce pour décider du sort du gladiateur
vaincu. Car il y a toujours dans le travail de César un brin d’espièglerie, la volonté facétieuse de jouer avec la matière, mais aussi avec l’œil du public… Les premiers résultats s’étant avérés
concluants, César décline sa nouvelle technique sur toute sa main, utilisant de nouveaux matériaux, variant les tailles, jusqu’à créer un pouce de 2m50 de hauteur ! (voir photo ci-contre, ©
Clément Vogt).
(1996), revisité en 2008 par Jean Nouvel (voir photo ci-contre, © Clément Vogt),
trône au centre du théâtre de verdure aménagé à l’arrière de la Fondation. Les visiteurs déambulent autour de cette masse de papiers, si épaisse qu’elle assourdit les bruits du dehors lorsqu’on
passe au travers, sans trop savoir à quoi s’en tenir : ultime avatar de la série des Compressions ou simple canular ? On ne le saura
jamais. Mais cette œuvre, comme toutes les autres d’ailleurs, ne laisse pas indifférent. Il faut rendre à César…