Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 17:07

Etudiant à Paris au début des Trente Glorieuses, Arman a développé son langage artistique à l’ère de la production en série et de la pollution de l’environnement par une quantité grandissante de déchets. L’artiste n’a pas cherché à occulter dans son œuvre les changements économiques et sociaux survenus au cours de cette période. L’objet Arman - L'adieu manufacturé, production de la société de consommation, occupe au contraire d’emblée une place centrale dans son travail. La rencontre du jeune artiste, au cours des années 50, avec le  Groupe  de Recherche Musicale, est déterminante dans sa démarche. Dans le prolongement des « Allures d’objets en musique » créées par Pierre Schaeffer, Arman développe ses propres Allures d’objets, sortes d’ombres portées des objets sur la toile. La technique, assez similaire à celle utilisée par Yves Klein avec les corps, consiste à enduire un objet de peinture et à le déplacer sur la toile pour créer de nouvelles formes. Après quelques toiles purement abstraites, la présence de l’objet se fait plus sensible, plus explicite ; les formes se précisent, devenant des Empreintes, jusqu’à ce que l’objet lui-même fasse son apparition (« L’adieu », voir photo ci-contre, © LMA SA, Marc Moreau).

 


Arman---Janus-copie-1.jpg Comme beaucoup d’artistes de son temps, Arman n’est pas intéressé par l’objet en lui-même. Il cherche avant tout à le détourner de son utilité première, à lui donner une autre vie en dehors de cette utilité. Cette vie, il la trouvera dans ses Accumulations, qui sont à la fois un manifeste contre la société de consommation et une ode à la beauté de l’objet fabriqué en série. Car ces objets, d’apparence anodine, prennent sous l’effet du nombre et par la main d’Arman un aspect graphique tout à fait fascinant. L’artiste donne à ces collections d’objets de même nature des titres décalés dont l’humour grinçant ne peut laisser le spectateur indifférent (« Janus », voir photo ci-contre, © ADAGP).

 

L’œuvre d’Arman ne se limite pas à son aspect iconoclaste, destructeur, ni m ême à sa révolte contre la société de consommation. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large qui vise la déconstruction de l’acte créatif, pour donner à voir toutes les phases de réalisation de l’œuvre. Il montre ainsi, non pas une œuvre finie, achevée, mais un mouvement, une démarche, un geste. C’est tout le sens des Coupes et des Colères, qui visent respectivement la déstructuration et la destruction de l’objet. L’aboutissement de cette démarche est atteint en 1975 à New York avec la performance « Conscious vandalism » : devant un public et une caméra, l’artiste saccage pièce par pièce une reconstitution d’appartement de la moyenne bourgeoisie. L’exposition du Centre Pompidou montre à la fois l’appartement saccagé, et un enregistrement vidéo de la performance. L’œuvre ne consiste ainsi pas tant dans son résultat final que dans la performance qui a permis d’aboutir à ce résultat.

 

  Arman - The day after

Très vite néanmoins, l’artiste va devoir faire face au problème de la conservation de ces objets détruits. Comment conserver des débris ? Comment les déplacer pour qu’ils soient exposables ? Ce problème se posera notamment pour sa série des Combustions. Arman tentera plusieurs solutions : il coulera certaines sculptures dans le béton, d’autres dans la résine, avant de trouver dans le bronze son procédé de conservation le plus abouti (« The day after », voir photo ci-contre, © Didier Plowy / Ministère de la Culture et de la Communication).

 


Arman---La-Grande-Nuit-copie-2.jpg L’exposition s’achève sur un hommage aux peintures d’Arman. Moins célèbres que ses Accumulations ou que ses Combustions, elles constituent néanmoins un apport non négligeable à l’art du XXè siècle. D’abord influencé par l’expressionnisme abstrait américain (Pollock, De Kooning), Arman s’en affranchit peu à peu pour créer son propre langage, qui met davantage en avant le volume et les formes. Il aboutit ainsi à des œuvres où la couleur n’est plus étalée, mais utilisée comme un matériau brut. Les formes sont constituées à partir de giclées de peintures directement sorties du tube : « La grande nuit », hommage à la « Nuit étoilée » de Vincent Van Gogh (voir photo ci-contre, © François Fernandez).

 

Exposition Arman, au Centre Pompidou

22 septembre 2010 – 10 janvier 2011

Place Georges Pompidou (IVè)
Tél. 01 44 78 12 33
Ouvert du mercredi au lundi de 11h à 21h, nocturne le jeudi jusqu'à 23h

Par Mathilde
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Lundi 23 août 2010 1 23 /08 /Août /2010 19:56

Les photographies de Willy Ronis ne sont jamais posées ni composées. Elles sont le fruit d’une chasse perpétuelle, entre spontanéité, humour et poésie. Quel que soit le cadre choisi – Paris, Londres, Prague, ou New York –, le photographe saisit des scènes de vie, ce que les peintres du XVIIè siècle au Willy-Ronis---Peniche-aux-enfants.jpg raient appelé des « scènes de genre ». Ses personnages sont bien réels, ancrés dans la vie, avec ses b ons et ses mauvais côtés : sur les colonnes de la première salle voisinent ainsi la très poétique « Péniche aux enfants » (1959, voir photo ci-contre © ministère de la Culture et de la Communication), et les photographies prises en 1938 et 1950 lors des conflits sociaux chez Citroën et Renault.

 

Willy Ronis a réalisé de nombreux reportages, notamment pour Vogue, Regards, et pour Life, mais ses clichés les plus réussis sont ceux qui saisissent les personnes dans leur intimité, sans masque social. Cela explique sans doute sa prédilection marquée pour les photos d’enfants. Parfois photographiés à leur insu (« Gosses de Belleville », 1959), parfois posant délibérément devant l’objectif comme ce petit garçon du quartier de Ghetto Nuovo à Venise, les enfants incarnent, aux yeux de l‘artiste, la pureté et la spontanéité qui sont les clés de sa démarche. Ses notes sur différents clichés de l‘exposition montrent qu’il procède à peu près toujours de la même façon : au hasard de ses pérégrinations, il trouve un cadre, une lumière, une composition de paysage qui lui plaît. Il s’installe alors avec son appareil photo, et attend simplement que les passants soient disposés dans le cadre de façon équilibrée. Cet équilibre atteint – au hasard du passage des gens –, il prend plusieurs clichés, puis s’en va rapidement, soucieux de ne pas passer pour un voyeur. Vient ensuite le développement, auquel l’artiste attache une importance égale à celle de la prise de vue : la plupart des cartels donnent des indications très précises sur la technique de développement des photos.

 

Interrogé sur son processus créatif, Willy Ronis parle de son « aptitude à réagir sur-le-champ à tout ce qui entre en résonance avec [sa] nature profonde ». Ainsi chaque image est-elle le fruit d’un coup de cœur de l’artiste, liant iWilly-Ronis---Centrale-siderurgique-de-Richemont.jpgntimement son expérience personnelle à son œuvre. C’est ce qui le conduit souvent à préférer le détail à la grande fresque, la petite histoire à la grande histoire. Des manifestations de 1936, il conserve par exemple l’image d’une petite fille, juchée sur les épaules de son père, coiffée d’un ridicule bonnet phrygien, et levant le poing sans trop savoir pourquoi. Pour autant, il ne faut pas négliger l’engagement politique de Willy Ronis, ni ses conséquences sur son art. Militant communiste dès les années 30, sensible aux difficultés du monde ouvrier, il couvre avec une empathie sincère les conflits sociaux qui jalonnent cette période. Ses photographies de l’architecture industrielle, toutes en lignes et en contrastes, présentées dans la seconde salle,  font apparaître les ouvriers comme des anonymes dont la mécanisation a dépersonnalisé la tâche (« Centrale sidérurgique de Richemont (Moselle) », 1949, voir photo ci-contre © ministère de la Culture et de la Communication ). Cette même sensibilité le conduira, en pleine Guerre Froide, à réaliser des reportages en Allemagne de l’Est (ex-RDA), à Moscou et à Prague. Ces reportages mêlent les clichés obligés du touriste (Pont Charles et Vieux cimetière juif à Prague, …) à des images de vie quotidienne (« Leipzig, quartier de l’Hôtel de Ville », 1967).

 

Les salles suivantes font découvrir d’autres voyages moins connus de l’artiste : jeux d’ombre et de lumière en Hollande (1954) et à Londres (1955), lumière crue du Nord en Belgique (« Le béguinage à Bruges », 1968, voir photo ci-contre © ministère de la Culture et de la Communication), charmes croisés de l’Italie et de New York au début des années 80. On est frappés, Willy-Ronis---Le-beguinage-a-Bruges.jpg à la vue de tous ces clichés, par le regard bienveillant que le photographe porte sur ses contemporains. Un regard parfois teinté d’humour ou d’ironie (« Marché aux puces », 1948), mais qui cherche toujours à mettre en avant la meilleure part de l’être humain. La dernière salle, qui dévoile l’intimité de l’artiste à travers des portraits de ses proches, ne fait pas exception. Les photographies sont naturelles, sans pose véritablement établie. La seule différence avec les portraits d’anonymes vient de ce que l’on sent ici une vraie complicité entre le photographe et son modèle : regards espiègles de Robert Capa et de Pablo Picasso, demi-sourire de Martine Franck. Les portraits de sa femme Marie-Anne (« Marie-Anne », 1962) et de son fils Vincent (« Vincent endormi », 1946) sont empreints d’une grande tendresse. L’exposition s’achève par une série de nus anonymes, presque sans visage (détourné ou hors du cadre), qui montrent des corps aux formes pures, sculptées par la lumière latérale.

 

Willy Ronis – une poétique de l’engagement, à la Monnaie de Paris

16 avril – 22 août 2010

11 quai de Conti / 75006 Paris (Métro Pont Neuf)

Tél. 01 40 46 56 66

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h30

Par Mathilde
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Lundi 23 août 2010 1 23 /08 /Août /2010 19:51

Aux quatre coins de la première salle, quatre hommes en mouvement : deux athlètes des Jeux Olympiques d’Atlanta, et deux danseurs (Bill T. Jones et Mikhail Baryshnikov), saisis en plein vol comme des oiseaux de mythologie. Le geste est parfait, les membres tendus, en une précision quasi-académique. Entre ces quatre portraits, sur des petits formats, des photos de famille. Il y en aura tout au long de l’exposition, comme pour mieux afficher le refus – évident chez Annie Leibovitz – de dissocier sa vie privée de sa vie professionnelle. « Je n’ai pas deux vies distinctes », dit-elle. « J’ai une vie, et les photos personnelles en font partie au même titre que les œuvres de commande ». On pourrait craindre le voyeurisme, c’est tout le contraire. Le regard d’Annie Leibovitz n’est pas neutre, mais il se pose toujours avec bienveillance sur ses sujets, si divers – et si intimes parfois – soient-ils.

 

Annie Leibovitz est née en 1949 dans le Connecticut. Photographe officielle de Rolling Stone de 1970 à 1983, elle travaille ensuite pour Vanity Fair et Vogue, réalisant en tout plus de 200 couvertures de magazines. L’exposition que lui consacre actuellement la Maison Européennede la Photographiene retrace que les quinze dernières années de son travail, mais on est surpris par la profusion autant que par la diversité des œuvres produites sur une si courte période. Ainsi trouvera-t-on, voisinant sur les mêmes cimaises, et sans aucun souci chronologique, des photos de famille, des portraits d’artistes, des couvertures de magazines, des reportages… Dès le début de sa carrière, Annie Leibovitz s’est définie comme « portraitiste ». L’exposition de la Maison Européennede la Photographieest un peu le portrait de cette portraitiste, une occasion de saisir tous les aspects de sa vie, professionnelle comme personnelle. Quinze années de la vie d’une femme.

 

Annie Leibovitz – A photographer’s life 1990-2005, Maison Européenne de la Photographie

18 juin - 14 septembre 2008

5/7 rue de Fourcy / 75004 Paris (Métro Saint-Paul)

Tél. 01 44 78 75 00

Ouvert tous les jours sauf le lundi, le mardi et les jours fériés, de 11h à 20h

Par Mathilde
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Mercredi 27 août 2008 3 27 /08 /Août /2008 00:24

L’anthologie de l’œuvre de César, orchestrée par Jean Nouvel à la Fondation Cartier pour le dixième anniversaire de la mort du sculpteur, est un magnifique hommage. Répartie sur quatre espaces, elle privilégie une approche thématique à une présentation chronologique, rendant compte, de manière volontairement non-exhaustive, des différentes étapes de son travail.

Difficile de décrire un cheminement précis dans cette exposition qui en réalité, peut être vue dans tous les sens. Difficile en effet d’introduire une chronologie dans une œuvre où l’artiste revient sans cesse sur ses différentes techniques, les enrichissant, les modelant chaque fois un peu plus pour mieux les plier à son désir, à son inépuisable imagination. Il suffit de le regarder, gambadant comme un enfant dans la grande décharge de Saint-Denis, s’émerveillant devant une tôle froissée ou devant le grand aimant, pour comprendre que l’œuvre de César n’a été qu’une quête perpétuelle, une recherche ininterrompue autour de la matière.

Comment, en effet, évoquer l’œuvre de César sans parler des matériaux. Chaque série d’œuvres découle d’une rencontre. Avec une matière nouvelle ou une technique industrielle, le plus souvent les deux à la fois. Puis les œuvres se développent, l’artiste prend possession de la technique, se l’approprie, pour mieux lui imprimer sa volonté. Il épuise peu à peu toutes les possibilités de la matière, dans une quête perpétuelle de l’expressivité.

Dans les années 50, il se laisse porter par le contact du fer, matière « belle en soi », pour créer un bestiaire imaginaire. C’est ainsi que naissent les Fers, insectes ou crustacés aux formes improbables, élaborés à la soudure à l’arc dans un atelier de Villetaneuse (voir ci-contre, La Sauterelle, © Clément Vogt).

Le choix du fer comme matériau de base, lié initialement à une simple contrainte financière, va se muer peu à peu en credo artistique. Au contraire de bien des artistes de son temps, César n’a jamais cherché à renier le XXème siècle industriel. Il a voulu au contraire y inscrire son œuvre, renouvelant, à bien des égards, la notion de beau dans l’art. C’est tout le sens de son adhésion, dès 1962, au mouvement des Nouveaux réalistes. Comme eux, César préfère aux matériaux nobles – bronze, marbre, pierre – les objets courants de la société de consommation, symboles de l’ère industrielle dans laquelle il vit.

Sa découverte, au début des années 60, de la presse hydraulique utilisée pour le compactage des voitures, marque un véritable tournant dans sa carrière. De cette rencontre avec la « Big Squeeze » vont naître les fameuses Compressions. Comme pour les Fers, les Compressions sont le fruit d’une interaction entre l’artiste et la technologie. Il va peu à peu chercher à infléchir le geste mécanique, à composer ses Compressions avec une précision accrue. Il conçoit cette démarche comme celle d’un sculpteur classique, qui agit sur le fond – choix de la matière – avant d’agir sur la forme. Ses Compressions n’ont évidemment pas vocation à représenter quoi que ce soit. Elles agissent davantage comme des symboles, sortes de totems des temps modernes. D’abord volontairement laissées brutes au cours des années 60, elles seront ensuite légèrement retravaillées au cours des années 80 (série des Championnes, 1985-1986, passées à l’équerre après compression), avant d’être entièrement repeintes d’une couleur uniforme dans les années 90 (Suite milanaise, 1998, voir photo ci-contre, © Clément Vogt).

En 1965, alors qu’il développe ses premières Compressions, César est invité à prendre part à une exposition sur le thème de la main, à la Galerie Claude Bernard à Paris. Il s’intéresse alors à la reproduction pantographique, technique inventée au XVIIème siècle pour copier les dessins, et qu’il applique à son propre pouce, en l’agrandissant. Le choix du pouce n’est pas totalement anodin. Il fait référence à un vieux souvenir d’école : le geste de l’empereur César levant ou abaissant le pouce pour décider du sort du gladiateur vaincu. Car il y a toujours dans le travail de César un brin d’espièglerie, la volonté facétieuse de jouer avec la matière, mais aussi avec l’œil du public… Les premiers résultats s’étant avérés concluants, César décline sa nouvelle technique sur toute sa main, utilisant de nouveaux matériaux, variant les tailles, jusqu’à créer un pouce de 2m50 de hauteur ! (voir photo ci-contre, © Clément Vogt).

Dernière série d’œuvres : les Expansions. Développées en même temps que les Empreintes humaines, elles en ont la même grâce sculpturale, le même aspect monolithique, à la fois immobile et en mouvement. En 1967, César, en quête de matériaux plus légers pour créer ses Empreintes humaines, découvre la mousse de polyuréthane. Fasciné par l’aspect de cette mousse, il s’aperçoit très vite qu’il peut en maîtriser la densité, le débit, la rigidité, et la coloration. Commence alors toute une série d’expériences, destinées à dompter cette matière nouvelle : la série des Expansions est née.

Jean Nouvel s’est merveilleusement approprié l’espace de la Fondation Cartier, exploitant tous les niveaux possibles pour mettre en scène les œuvres : Compressions au sous-sol, Fers, Expansions et Empreintes humaines au rez-de-chaussée et en mezzanine. Les Expansions et les Empreintes humaines trouvent aussi tout naturellement leur place dans le jardin. Ainsi de l’Expansion n°7 (1991), dont la fonte de fer s’écoule tranquillement sur l’herbe folle. Près d’une des vitres de la Fondation, un sein en fonte de fer semble émerger du sol, jumeau symétrique du sein de bronze exposé à l’intérieur.

Ultime trait de facétie, Un mois de lecture des Bâlois (1996), revisité en 2008 par Jean Nouvel (voir photo ci-contre, © Clément Vogt), trône au centre du théâtre de verdure aménagé à l’arrière de la Fondation. Les visiteurs déambulent autour de cette masse de papiers, si épaisse qu’elle assourdit les bruits du dehors lorsqu’on passe au travers, sans trop savoir à quoi s’en tenir : ultime avatar de la série des Compressions ou simple canular ? On ne le saura jamais. Mais cette œuvre, comme toutes les autres d’ailleurs, ne laisse pas indifférent. Il faut rendre à César…





César, Anthologie par Jean Nouvel., Fondation Cartier pour l’art contemporain

8 juillet - 26 octobre 2008

261, boulevard Raspail, 75014 Paris (Métro Raspail ou Denfert-Rochereau)

Tél. 01 42 18 56 52

Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 11h à 20h. Nocturne le mardi jusqu’à 22h

 

Par Mathilde
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Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /Août /2008 23:54

« Souvent, j'essaie de créer une « torpeur », j'essaie de créer quelque chose qui est questionnable, difficile, sinon impossible à mettre en mots ». Peter Doig donne ici la meilleure description de son œuvre. L'ambiance dans ses tableaux est indéfinissable. L'artiste y invente un monde parallèle, à la frontière du rêve et du cauchemar.

 

L'exposition présentée au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris donne à voir les vingt dernières années du travail de l'artiste. Né en Ecosse, puis élevé au Canada, Peter Doig a étudié en Angleterre. Il peint ses premières toiles à Londres, avant d'accéder à la renommée internationale lors de son exposition de 1991, à la Whitechapel Art Gallery. Il vit à Trinidad depuis 2002. De ces multiples voyages, il a amassé des souvenirs, kyrielles d'images multicolores, qu'il projette sur ses toiles dans un style à mi-chemin entre la peinture, la photographie et le cinéma. Le tout au service d'une émotion de l'instant.

 

L'accrochage est chronologique, et l'on y trouve, pour l'essentiel, des paysages. Les œuvres des années 90 sont un hommage aux grands maîtres de la fin du XIXème et du XXème siècle. Peter Doig ne peint pas en pleine nature comme les impressionnistes, ses peintures sont infiniment plus figuratives que celles des expressionnistes réalistes, mais sa technique est à elle seule un immense clin d'œil à ces deux courants.

Ainsi, dans « Ski Jacket » (1994), peint dans un style qui fait explicitement référence à Monet et Pissarro, la partie gauche du tableau reflète et déforme la partie droite, recréant un équilibre qui n'existait pas dans cette partie.

De même, la superposition des couches de peinture (« A young bean farmer », 1991), certaines traces de peinture volontairement laissées apparentes (« 100 years ago », 2001, voir photo ci-contre), donnent à certains tableaux un aspect inachevé, permettant au spectateur de déceler les différentes étapes du travail de l'artiste.

 

Les œuvres de cette période ont également en commun de faire la part belle à la nature. L'homme n'est présent que de manière anecdotique, à l'image d'une figurine placée dans une maquette pour en donner l'échelle. Une nature merveilleuse souvent, monstrueuse parfois, quand l'exagération de certains détails fait basculer le rêve dans le cauchemar. Ainsi de « l'Auberge à Muldentalsperre » et de « Grand Riviere », peints au début des années 2000, et dont les ciels sombres piqués d'étoiles blanches rappellent les tableaux les plus tourmentés de Van Gogh. Dans « Grand Riviere », une végétation à la Douanier Rousseau vient se superposer à ce ciel, créant une féérie délicieusement macabre, à la lumière de la lune. Le canoë ou la barque, fantôme de présence humaine, fait référence au film d'horreur « vendredi 13 », qui a inspiré à l'artiste une série de toiles et de dessins.

 

A l'image des impressionnistes, Peter Doig ne cherche pas à représenter les paysages de façon réaliste. Il s'attache plutôt à peindre l'émotion qu'il éprouve face à ces espaces. L'objet de la toile n'est jamais le paysage lui-même, mais la façon dont il est vu par l'œil de l'artiste. Ainsi, dans « Reflection (what does your soul look like) » (1996), les pieds du personnage occupent à peine un cinquième de la toile : l'essentiel est dans son reflet, infiniment plus riche, puisqu'issu de l'imagination du peintre.

 

A partir du milieu des années 2000, les couleurs et les ambiances changent. Peter Doig, qui vit désormais à Trinidad, semble à la recherche d'un plus grand réalisme, d'une plus grande authenticité. La palette bascule vers les couleurs chaudes. Les rues écrasées de soleil se substituent aux paysages nocturnes. La nature féérique fait place à la réalité urbaine, crûment éclairée par la lumière du jour.

Ces peintures ont moins de force que les précédentes, comme si l'artiste était à la recherche d'un nouveau style et ne parvenait pas encore à trouver ses repères dans cette recherche. Sa faiblesse technique sur l'anatomie humaine, notamment sur les visages et sur les mains, crée une barrière supplémentaire à l'émotion. Gageons néanmoins qu'un tel talent ne mettra pas longtemps avant de reprendre pied.

 

Exposition Peter Doig, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

30 mai - 7 septembre 2008

11, avenue du Président-Wilson (16e)
Tél. 01 53 67 40 00

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 22h

Par Mathilde
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